Assistons-nous à la fin du e-learning ?

Bien que la digitalisation de l’apprentissage ait été une tendance majeure depuis les années 2010, avec l’avènement de nombreuses applications, plateformes en ligne, et méthodologies innovantes, une question se pose désormais : assistons-nous à la fin du e-learning, du moins en ce qui concerne l’apprentissage des langues étrangères ?

L’apprentissage des langues a été l’un des domaines les plus impactés par la révolution numérique. Des applications comme Duolingo, Babbel, Rosetta Stone, et bien d’autres ont connu une popularité croissante, offrant aux apprenants la flexibilité d’étudier à leur propre rythme, où et quand ils le souhaitent. J’ai toujours eu des réserves concernant ces applications, pour trois raisons essentielles :

  • On sait que le cerveau préfère enregistrer la traduction familière (en français) plutôt que le nouveau mot originale (en anglais) – nous avons des cerveaux fainéants !
  • Cet apprentissage passe surtout par les yeux et ne développe que très peu l’utilisation de l’oreille ;
  • Surtout, il n’y a aucune interaction humaine !!

Pas d’émotions – pas d’apprentissage

Un poste vu sur Instagram m’a beaucoup frappé récemment – l’arrivé de mon petit-fils m’a probablement davantage sensibilisée… On voit un papa avec son enfant. Dans l’image du haut, le papa est sur son smartphone, et l’enfant s’ennui à côté. Dans image du bas, on voit une interaction entre ces deux êtres humains et surtout on aperçoit les émotions.

Malgré les merveilleuses avancées technologiques, et avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, je pense que l’importance de l’humain dans le processus d’apprentissage prendra à l’avenir une importance croissante (ou plutôt reprendra la place importante qu’elle mérite !).

D’un point de vue neuroscientifique, les interactions humaines jouent un rôle crucial dans l’apprentissage des langues. Les études montrent que la communication directe avec un enseignant (que ce soit en live ou en ligne d’ailleurs) favorise une meilleure compréhension et une meilleure rétention linguistique. La capacité de s’engager dans des conversations, de recevoir des commentaires immédiats et d’ajuster sa prononciation en fonction des corrections de l’enseignant est une dimension de l’apprentissage qui ne peut être reproduite par des applications numériques.

Surtout, la prise en compte des émotions, du contexte culturel et personnel de l’apprenant, les rires et les liens que l’on tisse sont des composants non négligeables dans la pérennité des apprentissages. Il ne nous viendrait jamais à l’idée de mettre son enfant devant un écran pour qu’il apprenne sa langue maternelle…!

Bien que le e-learning ait été un catalyseur majeur dans la démocratisation de l’accès à l’éducation linguistique, on observe actuellement un retour à la reconnaissance de la valeur des enseignants humains. Les salles de classe virtuelles peuvent offrir une certaine interaction, mais elles ne remplacent pas la richesse des échanges et des nuances que seul un formateur humain peut apporter.

Est-ce donc la fin du e-learning ?

La surabondance d’outils numériques peut parfois créer une saturation chez les apprenants. L’idée de jongler entre différentes applications et plateformes peut devenir épuisante, et certains apprenants peuvent ressentir le besoin de revenir à une approche plus traditionnelle avec un formateur humain pour les accompagner. Le taux de décrochage en e-learning est énorme – aux États-Unis à Harvard, une moyenne de 2 à 7% d’étudiants avait suivi et finalisé des cours en ligne…

La remise en question de l’ère du e-learning dans le contexte de l’apprentissage des langues ne signifie pas son extinction totale. Les outils numériques restent des compléments précieux, offrant des exercices pratiques, et des jeux interactifs (voir notre article sur l’importance du jeu dans l’apprentissage). Tout comme l’engouement pour les CD-Rom des années 1980, celui pour l’e-learning s’estompe petit à petit, surtout dans les langues (les formations CPF 100% e-learning sont désormais prescrites).

En conclusion, bien que l’engouement décennal pour le e-learning dans l’apprentissage des langues puisse connaître un ralentissement, il est peu probable qu’il disparaisse complètement. La combinaison d’outils numériques et de l’interaction avec des formateurs humains qui peuvent conseiller la bonne technologie, pourrait être la formule gagnante pour un apprentissage linguistique efficace et épanouissant. La clé réside dans la recherche d’un équilibre optimal, tirant le meilleur parti des avantages offerts par la technologie tout en préservant l’essence irremplaçable de l’enseignement humain.